
- Le journaliste marocain Aboubakr Jamaï dirige le site Lakome.com
Ex-directeur du Journal Hebdomadaire et de son pendant arabe Assahifa Al Ousbouiya au Maroc, le journaliste marocain Aboubakr Jamaï est réputé pour sa plume acerbe et ses éditoriaux sans concession contre la corruption, la monarchie, l’armée et les violations des droits humains au Royaume du Maroc. De passage à Bruxelles ce samedi (10/09/2011), il a accordé un entretien exclusif au reporter de Parlemento.com et Minorites.org sur la situation politique au Maroc :
Comment analysez-vous la situation politique actuelle au Maroc et l’émergence du mouvement du 20 février ?
Il s’agit d’une demande populaire qui n’est pas du tout triviale ou marginale y compris en termes quantitatif. Le Mouvement du 20 février au Maroc est une lutte pour la démocratisation des institutions politiques du pays. A mon avis, il y a une double dynamique qui a mené à la création de ce Mouvement 20 février, tout d’abord la dynamique régionale et internationale à savoir l’effet de la révolution tunisienne suivi de la révolution égyptienne et des événements en cours en Syrie et en Lybie. Cet effet est déjà très perceptible au Maroc car la plupart des Marocains ne pouvaient pas se contenter d’observer ces événements tout en y restant insensibles, cela nous a touché, c’est évident. Ensuite, il y a une dynamique nationale car les gens ont compris et, bien que les manifestations ne sont malheureusement pas assez couverts par la presse internationale, depuis quelques années déjà il y a périodiquement des mouvements de contestations très populaires et très forts dans des petites villes marocaines…
Quel type de contestations ?
… surtout concernant le manque de pouvoir d’achat et le coût de la vie. Il faut surtout comprendre le lien qui existe entre le bien économique d’une population et la gestion des institutions politiques du pays. Par exemple, il y a eu d’importantes manifestations à Sefrou en 2006, à Sidi Ifni en 2009, à Bouarfa et puis, depuis le 20 février 2011, il y a périodiquement des manifestations qui rassemblent plusieurs milliers de personnes dans plusieurs dizaines de villes du Royaume du Maroc.
Est-ce une contestation comparable aux protestations qui ont actuellement lieu en Israël avec des personnes qui manifestent contre le coût de la vie quotidienne ?
Non, le 20 février n’a pas grand chose à avoir avec les événements qui ont lieu en Israël, il s’agit plutôt d’une demande de démocratisation à travers un mouvement de contestation. L’un des grands atouts du Mouvement du 20 février au Maroc est d’avoir réussi à rassembler des courants politiques idéologiquement opposés…
… le rassemblement de l’extrême gauche marocaine et des islamistes d’Al Adl Wal Ihsane ?
Read the rest of this entry »